Accueil > 30 km/h en ville au lieu de 50, de nombreuses communes passent le cap.
Après le passage de 90km/h à 80km/h en 2018, de nombreuses villes tendent désormais à réduire la vitesse en ville à 30km/h au lieu de 50. Certaines personnes approuvent totalement en avançant des motifs écologiques et de sécurité routière tandis que d’autres voient cette nouvelle obligation comme inutile.

Pourquoi limiter la vitesse à 30km/h en ville ?
Ce passage de 50km/h à 30km/h trouve sa principale source dans la lutte contre le réchauffement climatique. C'est d'ailleurs une mesure retenue par la convention citoyenne pour le climat. En effet, selon les dernières études, moins une voiture roule vite et moins elle relâche de CO2 dans l’atmosphère. Ainsi, la diminution à 30 km/h pourrait permettre aux grandes villes d’être moins polluées. De plus, avec la limitation actuelle, nous roulons rarement à 50 km/h en ville car on accélère et décélère en fonction du trafic. Les accélérations deviendraient moins importantes, ce qui diminuerait les émissions de CO2.
Cette nouvelle limitation aura également un but sécuritaire, en réduisant de moitié la distance de freinage. En diminuant sa vitesse de 20km/h, il est possible de raccourcir considérablement la distance de freinage qui passe de 27,5m à 13,5m. Ce qui n'est pas négligeable lorsque l’on sait que la plupart des accidents se passent en ville à cause des piétons imprudents et des incivilités sur la route.
D’autres vont plus loin : une vitesse si basse donnerait l’impression à l’automobiliste qu’il n’avance pas, surtout aux heures de pointe. Ainsi, il aura tendance à se tourner naturellement vers l’utilisation des transports en commun. Selon un rapport du Commissariat général au développement durable, 20 % des automobilistes feraient ce choix. Ainsi, il y aurait par ricochet, moins d’embouteillages et la pollution diminuerait automatiquement.
Quels sont les arguments des opposants ?
Une partie de l'étude de l’ADEME (L’Agence De l'Environnement et de la Maitrise de l'Energie = Agende de la transition écologique) contredit les arguments du Commissariat général au développement durable. Elle prouve qu’une vitesse inférieure à 50km/h en ville augmenterait considérablement les nuisances sonores tout comme les émissions de CO2. La cause écologique est donc remise en question. Sur le long terme, une vitesse réduite peut abîmer le moteur des voitures et les filtres à particules des diesels vont saturer.
Rouler à 30km/h ne correspond à aucune vitesse de croisière d'une boite de vitesse. L’automobiliste devra alors rouler en 2ème en sur-régime ou en 3ème en sous-régime. Dans les deux cas, il consommera plus de carburant.
La diminution des risques d’accident ne peut pas être démontrée, dans un sens ou dans un autre, par les personnes qui sont contre cette nouvelle mesure. En ville, la majorité des accidents sont causés par des piétons ou des deux-roues. Certes, l’automobiliste roulera moins vite et les conséquences seront certainement moindres, mais il faut avant tout penser à faire respecter le code de la route aux deux-roues et aux piétons pour espérer voir une amélioration. Les cyclistes, pourraient se sentir plus en sécurité grâce à la diminution de la vitesse des automobilistes, et pourraient probablement prendre plus de risques, donc commettre plus de fautes. De plus, le passage de 90km/h à 80km/h est encore aujourd’hui vivement critiqué du fait qu'il n’aurait épargné que très peu de vies.
Le dernier argument est économique. Les automobilistes vont avoir de plus en plus de difficultés à se déplacer en centre-ville. L’économie locale pourrait être profondément impactée puisque les personnes préféreront s’éloigner de la ville pour pouvoir circuler plus facilement pour effectuer leurs achats. De plus, si tout le monde se tourne vers les transports en commun, il y a fort à parier que les municipalités devront investir en proposant plus de bus, de métros ou encore de trains.
Quelles villes appliquent déjà cette limitation ?
La limitation à 30km/h (totale ou partielle) en ville existe depuis plusieurs années dans certaines villes européennes. Cette limitation couvre 80% des rues de la capitale écossaise Édimbourg. L'Espagne, l'Italie et l’Angleterre l'introduise de plus en plus. En France, c’est la ville de Fontenay-aux-Roses qui a été la première à prendre cette décision en 2005. D’autres villes lui ont ensuite emboité le pas, comme Sceaux, Sèvres et Clamart. Ce sont aujourd’hui les métropoles qui cherchent à faire appliquer cette vitesse à ses automobilistes. En mai 2020, Anne Hidalgo a affirmé son intention d’en faire de même dans toute la capitale.
Lille est l’une des premières grandes villes françaises à réussir ce changement. L’intégralité de la ville affiche une vitesse maximale de 30km/h et elle est assez bien respectée par les automobilistes. Il est cependant encore trop tôt pour voir de réels effets. Face au score du parti écologiste aux dernières élections municipales, il y a fort à parier que de plus en plus de villes vont suivre cette voie dans les années à venir.
Historique des limitations de vitesse en ville.
La première limitation de vitesse en ville date de 1962. À l’époque, la vitesse maximale autorisée était de 60 km/h. Il était possible de monter jusqu’à 80 km/h lorsque la situation le permettait. En 1972, la France a connu un record du nombre de morts sur la route avec 16 612 tués alors qu’il y avait beaucoup moins de voitures qu’à l’heure actuelle. Une réflexion autour de la question s'est alors mise en place, mais les premières rectifications n'ont concernées que les autoroutes.
Finalement, la vitesse a été ramenée à 50 km/h en ville en 1990. En seulement deux ans, 14 000 accidents ont été évités ce qui équivaut à 580 vies sauvées. Dans le même temps, les villes ont commencé à mettre en place des « zones 30 » pour réduire la vitesse dans les centres villes. Nous avons même désormais des « zones de rencontre » où la vitesse est limitée à 20km/h. Depuis 2015, les maires ont le pouvoir de fixer les vitesses maximales autorisées que ce soit pour des raisons de sécurité ou écologique.
Les sanctions en cas de dépassement.
Dans une zone limitée à 30 km/h, si un conducteur continue de rouler à 50 km/h, il peut se voir retirer un point et être dans l’obligation de payer 135€ d’amende. Tous les 10 km/h supplémentaires, l’automobiliste perd un point en plus.
| Dépassement | Perte de points | Amende forfaitaire |
|---|---|---|
| < 20 km/h | 1 point | 135 € |
| de 21 à 29 km/h | 2 points | 135 € |
| de 30 à 39 km/h | 3 points | 135 € |
| de 40 à 49 km/h | 4 points | 135 € |
La réduction de la vitesse maximale autorisée en ville est de plus en plus au cœur de l’actualité. Il est vrai qu’elle aurait de multiples avantages notamment sur la qualité de l’air. Mais il faut aussi être conscient qu’elle pourrait engendrer des inconvénients comme un trafic plus dense dans les transports en commun et une moindre vigilance de la part des autres acteurs de la route. Lille est la première métropole française à faire appliquer cette limitation, mais il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions. Dans tous les cas, il y a de fortes chances pour que cet objectif devienne prochainement une réalité dans de nombreuses grandes villes.
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